Des trailles aux rives

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 On peut traverser la Biélorussie d’un bout a l’autre en un jour, les chemins et le temps n’y empêcheront pas, a moins que l’hiver n’arrête importunément le voyageur par une tempête de neige mouillée ou la débâcle printaniere ne retienne les traillesaux rives. Mais ce genre de voyage est sans raison. La Biélorussie n’est pas a regarder comme un film exotique. Pour vraiment la voir, il faut la pénétrer du regard.
Le bleu-vert, telle est la couleur de la Biélorussie. Ce coloris ineffable est créé par une mer de forêts sous la voûte d’un ciel bleu, par des prairies inondées, et des lacs, par de champs de lin fleurissants. La douce ondulation des blés, les bleuets des lisières, les airelles des marais moussus et les campanules des orées, les brouillards vespéraux au-dessus d’une rivière et les rosées matinales couvrant les vallons ont couché eux aussi leur bleu sur vert.
Même en octobre, ou le pourpre et l’or des chênes, des bouleaux et des trembles prédominent dans la nature, toutes ces étendues forestières sont inondées du bleu foncé du ciel, du froid céleste, et une dernière chaleur de terre est étouffée par l’éclatante fraîcheur des blés d’hiver, par un calme vert d’épaisses forêts de conifères.
Pour colorer le paysage biélorusse la nature a choisi l’aquarelle… ses couleurs légèrement délayées dans l’eau de source s’y sont adaptées à merveille puisqu les sites biélorusses sont dépourvus de contrastes tranchants et de lignes brisées, de montagnes abruptes, de volcans et de cañons. Des mers agitées ne baignent pas ses frontières, et le Nord glacial aussi que les tropiques torrides sont tellement loin de notre terre qu’elle ne connaît presque pas le déchaînement des éléments.
C’est pourquoi la cigogne blanche a qui l’homme avait porté son amour avec confiance et qui a son tour avait rendu a l’homme son attachement, cet oiseau, don la vie dépend de l’eau, des prairies, des arbres et du calme, avait reconnu la Biélorussie comme sa rive natale a l’est de l’europe. Elle n’hiverne pas ici, mais chaque printemps son retour réaffirme que ce pays bleu-vert est sa patrie. La cigogne elle-même reste son symbole : le symbole d’un esprit pacifique, d’un charme doux et d’une force secrète et sage.
 C’est une illusion que 560 kilomètres au plan méridien ne font pas une distance dans la zone tempérée d’europe. On peut rencontrer en Biélorussie d’étonnantes variations du site et du temps sur une voie même plus courte. Il arrive qu’en Polésie, aux environs de Malorita, les cerisiers commencent à fleurir le quinze avril, mais en même temps dans la région de Braslav, la forêt Driviatski reste enneigée. On entend les rossignoles chanter a Kniaz-ozéro (prince-lac), mais le lac Narotch est encore pris par les glaces. Le rhododendron, plante originaire de grimée et de Caucase, pousse dans la réserve Pripet, mais en même temps le bouleau nain et la myrtille polaire ont déménagé par miracle dans la région de Polotsk.
La Polésie du Pripet, région la plus peuplée de cigognes, est un pays plat. Il est parsemé ça et là d’îlots sablonneux, appelés « chaînes » sur lesquelles se trouvent généralement les villages, parce que les crues printanières font déborder la rivière jusqu'à 40 kilomètres, coupant toutes les voies de communication au monde extérieur, excepté celles navigables. Bordé de rives basses (ce n’est que près de Mozir que la dépression du Pripet monte par des monticules à pente rapide) le Pripet prend sa source dans les marais de roseau près de Pinsk, et en réunissant l’eau de Gorigne, de Sloutch, de Stviga, d’Ouborth, de Pitch, coule librement, poussant sa force vers le Dniepr. De toutes nos rivières navigables, le Pripet est le moins touché par la civilisation. Il a gardé sa beauté primordiale. De vastes prairies étendues à perte de vue, tapissées de fleurs, sont lisérées de chênaies et de charmilles. Les lits d’anciennes rivières, des lacs infinis, de nombreux affluents traversent sa plaine d’inondation à tous sens. Ca et là la rivière forme des bras approchant ses anses bleues aux forêts, aux villages. En minant infatigablement et opiniâtrement ses rives, le Pripet fait écrouler des chênes séculaires dans son rapide, les culbute aux bancs et engloutit aux remous pour les déposer avec soin sur le fond de larges cours.
Le Dniepr a un lit sec et une haute rive droite. Les villes d’Orcha, de Ghklov, de Moghiliov, de Bihov, de Rogatchev, Zhlobine, de Rétchitsa, de Loiev s’y dressent comme des forteresses anciennes. Encore les Hellènes avaient monté le Dniepr (Borisphène) pour atteindre des peuples nordiques. Plus tard, on se servait de ce cours d’eau, qui était devenu le berceau de la culture slave pour passer « des Varègues aux Grecs ». Avec la Bérésina, le Soge et un peu plus bas avec le Pripet, le Dniepr embrasse la majeure partie du territoire de la Biélorussie y puisant sa force essentielle.
En été le niveau d’eau baisse dans le Dniepr, surtout dans son amont accidenté. Le Niémen, qui baisse lui aussi, fait des virages indolents le long d’une large dépression, et c’est seulement aux approches de Grodno, après avoir conflué avec la Stchara, qu’il se met à fendre de toute sa puissance uns terre récalcitrante. La Dvina occidentale baisse aussi dans sa « cuve » argileuse. Et c’est toujours le Pripet qui fait du zèle en portant dans son courant affable et généreux toute une flotte de bateaux à moteur et de péniches.
Mais aux printemps les crues des rivières biélorusses prennent leur revanche en se donnant une envergure vraiment épique. C’est alors qu’un ciel haut devient plein de volées d’oiseaux revenant des pays chauds. Les champs bariolés de flaques commencent à exhaler une odeur forte. Les feux bleus des scilles jaillissent dessous les pins, une petite fumée verdâtre enveloppe les boulaies, une caltha dorée couvre des anses calmes. La terre respire profondément, a pleine poitrine.
Peut-être nulle part ne se manifeste la nature de la terre biélorusse si vivement que dans la région de Braslav. Bien que les lignes onduleuses des collines couvertes de forêts et de boulaies réjouissent l’œil à l’élévation de Minsk et dans la région de Logoïsk, et les escarpements parsemés de rosée, l’étendue des prairies et des champs le fassent autant dans la région d’Orcha et celle de Polotsk, la région de Braslav n’a pas de pareil. Elle est remplie d’un sens exclusif et profond.
Cette exclusivité trouve son expression dans la cadence musicale des collines, dans leurs pentes labourées, rouges au printemps et dorées par des épis pesants en août. Des entiers et des chemins serpentent à travers ces pentes liserées de rubans de la chicorée bleue poussant sous les saules, près des blocs erratiques bornant, ils courent vers les villages dispersés librement comme les nuages dans le ciel.
L’esprit de liberté est créé par le miroir des lacs bleus-foncés, verts. Certains sont isolés, d’autres coulent les uns dans les autres, mais le plus souvent ils sont reliés par de petites rivières ou par des ruisseaux. Mais un relief irrégulier, sinueux ne laisse pas voir la délimitation de la surface d’eau.
Mais peut-être un long cap qui commence à partir de Slobodka et se termine d’un monticule, est-il l’endroit le plus étonnant près de Braslav.
Un panorama majestueux s’ouvre de son sommet : on embrasse d’un coup d’œil les lacs Nédarovo, Nespich, Batoïsso, Voïsso, Strousto qui précèdent les prismes de cristal montant au ciel d’un temple blanc. Les mouettes, tels des mouchoirs blancs, dansent au-dessus des crêtes de vagues vertes. Un vent tendu venant de la Baltique chasse les nuages avec verve, qui forment vers le soir une nuée noire et basse qui jette une tempête sur toutes ces calmes étendues. L’eau des lacs commence à bouillir quand les mèches blanches le l’averse se précipitent en sifflant sur les vagues et les blocs erratiques. Le vent ébranle les pins et les genévriers en versant des embruns et de la mousse sur les bords.
La tempête fait rage toute la nuit, refusant l’arrivée du jour. Le lendemain, jusqu'à midi, le vent s’efforce à déchirer les nuées en les poussant à l’Est. Les mouettes recommencent à crier au-dessus des vagues calmées, les canots de pêcheurs quittent les bords.
La clarté vespérale caresse des pins mouillés et des herbes humides. On entend les sauterelles striduler dans les prairies. Et on voit une cigogne blanche, devenue rose dans les rayons du soleil couchant, planer dans le bleu du ciel.
Il semble venir du conte de fée, qui parle du bonheur venant aux gens sur les ailes de l’oiseau blanc. Sans doute, les gens n’avaient-ils jamais emprunté leur destin aux cigognes. Ce conte et loin de la réalité, mais son sens est clair : Quand a la beauté de la Biélorussie, oiseaux et les gens lui savent gré.
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Publié dans Pinsk

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